Profil
Quel poste occupez-vous ?
Je suis officier de compagnie, en charge de la formation au SDIS 73.
Depuis combien de temps exercez-vous ce métier ?
4 ans de Jeune Sapeur-Pompier, 22 ans de Sapeur-pompier volontaire et 19 ans de Sapeur-pompier professionnel.
Sens au travail
Pourquoi avoir choisi le service public ?
Pour exercer un travail d’utilité publique et aider nos concitoyens
Que signifie pour vous « faire un travail qui a du sens » ?
Pour ma part, faire un travail qui a du sens, c’est :
- accorder de l’importance aux tâches, qui nous sont confiées ;
- prendre plaisir à aller au travail ;
- être convaincu d’être utile.
Pensez-vous que votre travail a du sens aujourd’hui ? Pourquoi ?
Oui. La prévention, la lutte contre les incendies, le secours à victimes, la protection les biens et de l’environnement sont des missions nobles. Lorsque je suis sur le terrain, face à des situations souvent dégradées, je ne peux que mettre du sens à mon métier, car en finalité, il y a des personnes en détresse qui comptent sur nous, et nous devons répondre présents.
Comment les nouvelles technologies impactent-elles votre regard sur votre travail ?
L’arrivée de nouvelles technologies nous oblige à nous poser certaines questions afin de préparer l’avenir :
- quels sont les risques émergeants ?
- de quoi aurions-nous besoin ?
- comment être plus efficient ?
- quels outils pourraient faciliter nos interventions courantes ?
- comment préserver les personnels ?
J’ai eu la chance de participer à différents groupes de travail portant sur divers sujets : Fourgon d’incendie nouvelles générations, appareils respiratoires, matériels de forcement, imagerie thermique etc…
Ces avancées significatives dans notre quotidien sont une vraie plus-value dans l’accomplissement de nos missions mais elles nécessitent de la remise en question et de la formation. Les industriels développent toujours plus de technologies, nous ne sommes pas loin du « pompier connecté ». Je suis quelqu’un de très « Terrain » et j’essaie de rester pragmatique, le terrain commande, il nous faut des outils pratiques, performants et faciles à mettre en œuvre, jour comme nuit. Le point de départ reste à mon sens le « besoin utilisateur ».
Comment l’écologie impacte-t-elle votre manière de travailler ?
Les prises de conscience en matière d’écologie sont assez récentes. Même si le sujet est sur la table depuis plusieurs années, je constate qu’il faut laisser le temps faire son chemin, avec beaucoup de pédagogies en filigrane…
Aujourd’hui l’impact écologique se traduit chez moi par certaines habitudes :
- des réunions en visioconférence afin de limiter les déplacements ;
- le covoiturage pour partir en stage quand cela est possible ;
- la limitation du chauffage l’hiver, et le maintien des portes de remises fermées ;
- lors des formations en simulateur incendie que j’encadre, notre outil est doté d’un traitement de fumées afin de limiter la pollution atmosphérique ;
- en situation de restrictions d’eau, nous n’utilisons plus les poteaux d’incendie pour alimenter les lances du caisson à feu : nous aspirons les eaux de pluies collectées dans une citerne enterrée.
Selon vous, comment les encadrants de proximité impactent-ils le sens au travail ?
Le sens du travail se transmet, à condition d’y croire. C’est important pour un officier d’encadrement de :
- montrer l’exemple,
- savoir écouter, et se dire les choses ;
- être présent ;
- rappeler la finalité de nos missions ;
- utiliser les compétences de chacun ;
- responsabiliser les agents ;
- commander par l’exemple, pas par le grade, car nos agents attendent aussi de la crédibilité de la part de leurs cadres de proximité.
Valeurs et utilité
Votre travail est-il en accord avec vos valeurs personnelles ?
Absolument : le sens du collectif, la notion de rigueur et de remise en question, le fait de progresser ensemble, demeurer exigeant mais bienveillant sont les principales valeurs que je cultive et j’essaie de semer ces graines depuis des années dans mes différents postes occupés…
Avez-vous le sentiment d’être utile aux autres ou à la société ?
Oui. Le métier de sapeur-pompier nous confronte à la dure réalité de la vie. Nous intervenons dans des situations dégradées, nous entrons dans l’intimité des personnes en détresse. Prendre en charge et limiter l’aggravation de l’état d’une victime ou bien limiter les dégâts liés au développement d’un incendie doit être la fierté de tout sapeur-pompier.
L’impact de votre travail est-il important pour vous ?
Oui, l’impact de mon travail est très important pour moi. Il y a des moments de satisfaction, des moments de doute, des moments de déception parfois. Ces moments ont forcément une influence sur mon état d’esprit au quotidien. Mais je reste objectif, je vois toujours le verre à moitié plein plutôt que le verre à moitié vide ! Je me sens bien au travail, donc je me sens bien dans mes bottes, et le bon équilibre vie professionnelle / vie privée est important.
Avenir
Pensez-vous que les jeunes générations recherchent davantage de sens au travail ?
Oui et non ! C’est un sujet complexe… Les générations évoluent et le rapport au travail change, il faut le prendre en compte…
Il convient de poser un petit constat :
durant mon parcours, j’ai eu la chance de former et travailler avec des générations différentes, et j’observe aujourd’hui des changements d’approche et de comportements. Je pense que c’est le cas dans tous corps de métiers, nous sommes également le reflet de la société chez les Sapeurs-Pompiers.
Les jeunes générations baignent aujourd’hui dans des courants pédagogiques et modes d’éducation bien différents de ce qu’a pu connaitre ma génération (même si je ne suis pas très vieux), ils évoluent également dans un monde connecté, bardé de technologies, et je le vois avec mes enfants. Cela présente des avantages mais aussi des inconvénients.
Aujourd’hui tout va vite, l’accès à l’information est très facile, les jeunes se font très vite un avis des choses, parfois juste, parfois erroné. Ils sont très vite à l’aise, parfois un peu trop, vite familier avec les générations plus anciennes, ce qui peux générer quelques incompréhensions dans le cadre du travail. Ils ne veulent plus faire un travail « alimentaire » et ils ont raison, ils veulent trouver quelque chose qui leur plait ! Ils ont besoin, pour la plupart d’être guidés !
Je pense effectivement que certains recherchent du sens, d’autres recherchent un cadre, et d’autres une limite.
J’ai accompagné durant 3 ans, 3 promotions de BAC PRO Métiers de la sécurité dans le cadre d’un partenariat, un exemple qui illustre exactement ma phrase précédente : tous souhaitaient exercer un métier de la sécurité ; certains savaient déjà, la vocation était là ; d’autres se cherchaient… Les stages d’immersion et les personnes qu’ils ont rencontrées leur ont permis de mettre du sens, ils ont trouvé leur voie… Et d’autres avaient besoin de tester les limites, de recadrage à certains moments, mais en finalité certains ont pu livrer la meilleure version d’eux-mêmes lorsqu’ils ont mis du sens dans leurs cursus : pour preuve, certains sont maintenant policiers, gendarmes, pompiers de Paris, Sapeurs-Pompiers Professionnels, commandos marine…
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui cherche un métier “qui a du sens” ?
- ne cherchez pas un métier qui rapporte des milliers d’euros ;
- ne cherchez pas un métier où vous vous planquez ;
- ne cherchez pas un métier pour briller ;
- cherchez plutôt ce qui vous fait vibrer ;
- demandez-vous ce que vous pouvez apporter à la société ;
- vous avez forcément des compétences, faites-en un inventaire !
Personne ne se connait mieux que soi-même, essayez de mettre vos valeurs en perspective, levez les barrières et foncez…