Profil
Quel poste occupez-vous ?
Je suis directrice générale des services de la commune de La Ravoire depuis 2021.
Sens au travail
Pourquoi avoir choisi le service public ?
J’ai toujours été dans le service public. J’ose dire que c’est presque une vocation. Mon parcours de formation en témoigne, avec une maîtrise de droit public puis un DESS en gestion des collectivités locales.
J’ai eu la chance d’effectuer des stages dans des structures diverses, notamment au Département du Nord, au sein de différents services, comme le service juridique. Cela m’a permis de découvrir un large éventail de missions. Pour moi, le choix du droit public s’est imposé comme une évidence.
Que signifie pour vous « faire un travail qui a du sens » ?
C’est être directrice générale des services tous les matins quand je me lève. Je n’ai pas été DGS toute ma vie. J’ai fait toute ma carrière en Savoie et j’ai occupé plusieurs postes à responsabilité. J’ai notamment été directrice générale adjointe avant d’occuper, depuis une quinzaine d’années, les fonctions de directrice générale des services.
Quand on est DGS, on est à la tête d’une « entreprise mairie », qui repose sur un fonctionnement bicéphale, avec d’un côté l’exécutif, le maire et son équipe, et de l’autre le DGS et ses équipes. Dans ces fonctions, avoir le sens du service, c’est veiller à mettre en cohérence l’organisation de la mairie, l’action des services et les objectifs fixés par l’exécutif. Mon rôle est de donner du sens à cette action collective et d’amener tout le monde à avancer dans la même direction. C’est cela qui donne du sens à mon travail au quotidien.
Pensez-vous que votre travail a du sens aujourd’hui ? Pourquoi ?
J’ai travaillé avec des maires qui m’ont beaucoup impressionnée au début de ma carrière parce que j’ai eu la chance de travailler avec des figures politiques fortes du département. Quand vous avez 25 ans, vous vous mettez au diapason, vous observez, vous regardez, vous agissez. Aujourd’hui, forte de cette expérience professionnelle, je trouve que c’est bien de travailler avec un maire d’une autre génération.
Concernant mon arrivée à ce poste, j’avais une certaine appréhension. Finalement, je ne regrette pas d’avoir postulé, car le sens de mon travail est de continuer à donner du sens à l’action publique, quel que soit l’exécutif en place, dans le respect du cadre légal et réglementaire.
Comment les nouvelles technologies impactent-elles votre regard sur votre travail ?
Il y a la fracture générationnelle qui impacte le travail. Les nouvelles technologies viennent nous bousculer. La fracture générationnelle et les nouvelles technologies sont deux questions qui vont ensemble à mon avis. Quand je parle de fracture générationnelle, je pense à la plus grande aisance des jeunes générations avec ces outils. Elles souhaitent aller vite et arrivent avec une bonne connaissance, une grande maîtrise et une facilité d’utilisation de ces technologies. Elles arrivent à s’approprier plus facilement les logiciels métiers donc c’est un plus. Elles sont capables d’en analyser les failles.
Lorsque les nouvelles technologies font évoluer nos logiciels métiers, il est essentiel de pouvoir s’appuyer sur des interlocuteurs compétents.
Il y a un vrai sujet sur l’intelligence artificielle. Nous sommes passés très rapidement d’un environnement où ces outils étaient peu présents à une diffusion massive. L’IA offre de nombreuses possibilités, notamment pour les recherches juridiques et administratives ou encore pour la préparation de projets de délibération. En revanche, je reste vigilante quant à son utilisation pour les productions qui nécessitent une véritable réflexion des agents et une analyse en lien avec les réalités du terrain. C’est un sujet sur lequel nous travaillons encore et pour lequel nous sommes toujours en phase d’appropriation.
Le gain de temps est réel, mais il y aura toujours besoin de contrôle, d’analyse et de réflexion. La formation initiale de nos agents, notamment dans des domaines spécialisés comme le droit, reste essentielle.
Nous gagnons du temps en nous appuyant sur les ressources existantes. Par exemple, lorsqu’il s’agit de préparer un marché de restauration, nous consultons les documents publiés par d’autres collectivités. Cela permet de disposer d’une base de travail qu’il faut ensuite vérifier, adapter et enrichir.
La recherche d’efficacité ne doit jamais se faire au détriment de la réflexion, tout comme la réflexion ne doit pas empêcher de tirer partie des gains de temps qu’offrent les nouvelles technologies.
Comment l’écologie impacte-t-elle votre manière de travailler ?
Nous avons une adjointe au maire en charge du développement durable, ce qui nourrit nos réflexions sur ces sujets. Nous avons intégré un certain nombre de réflexes, notamment en matière de photovoltaïque, de récupération des eaux pluviales ou encore de rénovation énergétique des bâtiments. Dans les projets que nous menons, les enjeux environnementaux sont désormais pris en compte, en lien avec les évolutions réglementaires et avec l’appui de notre adjointe au développement durable.
Sur tous les nouveaux projets, on a des réflexes, sur la rénovation de nos bâtiments. Mais tout ça a un coût. Sur les petits gestes du quotidien, les services techniques sont moteurs. Au sein de « l’entreprise mairie », il faut veiller à ce que les services administratifs ne prennent pas de retard.
Selon vous, comment les encadrants de proximité impactent-ils le sens au travail ?
Par leur humeur ! Si un encadrant arrive à reculons, qu’il ne sait pas laisser ses problèmes personnels à l’entrée de la mairie, qu’il arrive avec sa charge personnelle et qu’il n’est pas porteur de son quotidien avec son équipe, qu’il n’est pas capable (même sur des gestes du quotidien) de l’embarquer dans la direction souhaitée, personne n’ira dans ce sens.
L’encadrant de proximité, c’est celui qui est le plus vu. Je pense par exemple aux services techniques, l’agent de maîtrise en charge du fleurissement, de la propreté, ou autre, exerce des missions qui impactent directement l’usager. Et s’il n’arrive pas à maîtriser son humeur, son équipe le ressentira et tout le monde s’embarquera dans une voie sans issue. S’il veut être lui-même porteur de transformations (de nouveaux projets) par rapport à un élu, à sa hiérarchie et s’il adopte une position négative, cela ne fonctionnera pas et tout le monde perdra du sens au travail.
Valeurs et utilité
Votre travail est il en accord avec vos valeurs personnelles ?
Oui, s’il ne l’était plus, je changerais de collectivité.
Avez-vous le sentiment d’être utile aux autres ou à la société ?
Est-ce à moi d’en juger ? Quand j’arrive en mairie, je passe dire bonjour à tout le monde. Cela ne me pèse pas. Le jour où cela me pèsera, c’est qu’il sera temps que je m’en aille.
Est-ce que pour moi je donne du sens ? Oui, parce que je réponds avec les moyens qu’on me donne à la commande politique. Mon choix est clair, j’ai exercé dans des collectivités de différentes strates démographiques, pour donner du sens à mon métier, il me faut une proximité avec le terrain et avec les équipes. J’ai besoin de connaître les collaborateurs avec qui je travaille, de mesurer mon territoire et de voir l’aboutissement d’un projet. Pour cela, je privilégie les collectivités à taille humaine.
L’impact de votre travail est-il important pour vous ?
Pour moi mon travail est important mais je travaille avec une équipe. Travailler en mode projet, en mode collaboratif, ce qui est important c’est la réussite de mon équipe avant même ma propre réussite. Parce que si mon équipe réussit, tout le monde réussit.
Avenir
Pensez-vous que les jeunes générations recherchent davantage de sens au travail ?
Je pense être confrontée, comme beaucoup, à une forme de fracture générationnelle. Les jeunes générations n’ont pas tout à fait la même approche du travail que celles de ma génération. Il ne s’agit pas de savoir qui a raison ou qui a tort, mais plutôt de constater que cette différence existe et qu’elle fait partie des réalités actuelles. L’effet du Covid est venu accentuer ces évolutions, en renforçant certains écarts déjà présents. Dans ce contexte, il est nécessaire de trouver des passerelles entre les générations, d’autant plus que nous allons travailler plus longtemps et être amenés à collaborer durablement avec les jeunes générations. Cela demande un véritable effort d’adaptation, et ce n’est pas toujours simple.
Les jeunes générations utilisent facilement les nouveaux outils, qu’il s’agisse de l’intelligence artificielle, de la maîtrise des logiciels ou de l’accès rapide à l’information. Cela représente un gain de temps réel dans le travail. Pour autant, le sens donné à ce temps gagné dépend de chacun. Je pense que ce qui différencie les générations, c’est le rapport entre vie professionnelle et vie personnelle, avec des équilibres qui ne sont pas les mêmes selon les âges et les parcours. Donc on se trouve confronté les uns et les autres à nos propres visions du monde du travail et il faut qu’on arrive à se retrouver. Mes échanges personnels, extras professionnels avec les autres générations m’amènent à trouver des chemins pour qu’on se retrouve.
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui cherche un métier “qui a du sens” ?
Je prendrais la question dans l’autre sens. Il faut trouver le métier qui donne du sens à votre vie. Quelle que soit la difficulté, la niche, même si c’est un petit champ du possible dans une vie professionnelle, il faut tenter sa chance.
Pour ce qui me concerne, c’est impossible d’exercer le métier de DGS sans conviction et sans coeur.